D'un monde clos, rigoureusement composé

Jean-Louis Delbès n'interroge pas le monde des formes, il décrit un espace invisible aux autres, fait de séquences, de prélèvements reconnaissables ou non, d'instantanés mentaux ou physiques "en un certain ordre agencés". Ce que montre sa peinture est de l'ordre du puzzle et l'image globale se résout selon le principe de la greffe. Le résultat est toujours complexe, la plupart du temps déroutant, et l'hétérogénéité des emprunt ajoute au malaise: interpréter devient une nécessité alors que l'état descriptif des œuvres semble vouloir indiquer une existence spécifique. Chaque œuvre pose un problème pictural et s'acharne à le résoudre avec les moyens de la peinture, et ceux-là seuls. D'où l'impression que l'œuvre avance par blocs séparés plutôt que par glissements. Pour cette raison, la chronologie n'est pas propice à la constitution de véritables clefs de lecture.

"D'un monde clos rigoureusement compose" est le titre d'un dessin daté de 1993. Pourtant, il semble rendre compte, encore aujourd'hui, de la logique maniaque avec laquelle s'invente le corpus imaginaire de Jean--Louis Delbès. Commencé avec ce qui se voit et ce qui se prélève du monde environnant, essentiellement des phrases, des mots, des inscriptions, il s'est petit à petit complété par la vision cartographique et planaire (qui permettait de prendre du recul mais aussi d'aplatir la vision et la composition) accompagnée logiquement par le mot, puis de l'interprétation des formes pour lesquelles n'existent jusqu'à aujourd'hui aucun plan et aucune carte.

C'est cette lacune qu'il faudrait combler afin que le regardeur, situation sans risque, se transforme en explorateur, rôle actif où peut exister une mise en danger. C'est donc à l'intérieur de l'œuvre, à l'intérieur de chaque peinture ou presque qu'il faudra chercher comment affronter ce danger et comment le réduire, afin que n'affleure plus que le plaisir d'avoir résolu les paramètres d'un monde complexe.

François Bazzoli